Mathieu Lamboley, la French Touch de la musique de film

03/02/2012 à 00h02

Mathieu Lamboley est un pianiste et compositeur français. Il intègre le CNSMDP, puis travaille l’orchestration aux côtés de Guillaume Connesson. Il est l’orchestrateur de Grégoire Hetzel (UN CONTE DE NOEL), collabore avec Etienne Chaillou pour LES OREILLES N’ONT PAS DE PAUPIERES (qui obtient le Grand Prix pour la meilleure bande originale au festival d’Aubagne en 2005). Il a rencontré James Newton Howard et Hans Zimmer dans le cadre des ateliers de l’ASCAP. Il travaille à la télévision pour Caroline Huppert, et en 2011 signe la musique de deux long-métrages au cinéma : « L’Apparition de la Joconde » et « Nos Résistances ». Tout nouveau membre de l’UCMF, l’association a voulu en savoir plus sur son parcours.

Interview

Quels ont été vos débuts dans le métier ?

Mathieu Lamboley : J’étais étudiant en classe d’écriture au CNSM. A la cafétéria du conservatoire, je lisais une petite annonce d’un étudiant en Art Déco (Ensad) qui recherchait un compositeur pour son film de fin d’étude. Je n’avais pas à ce moment-là de vocation particulière à faire de la musique de film et j’ai rencontré ce réalisateur, Etienne Chaillou, qui préparait un film d’animation, « Les oreilles n’ont pas de paupières ». J’ai composé cette musique avant de voir les images, puis l’image s’est adaptée. J’aime avoir des idées qui émergent du scénario, même si on peut ensuite exprimer autre chose face aux images. Ce film a bien marché, jusqu’au Festival d’Aubagne où nous avons eu le prix de la meilleure création sonore. J’ai pu ensuite faire des ateliers subventionnés par la Sacem (Emergence, Festival d’Auxerre avec Eric Demarsan). J’ai rencontré la réalisatrice Caroline Huppert par le compositeur Grégoire Hetzel que je connaissais depuis mes 14 ans. Je l’ai aidé dans de la copie et de l’orchestration sur « Les Amitiés maléfiques » et « Conte de Noel ».

Qu’avez-vous appris aux côtés de Grégoire Hetzel ?

Au conservatoire, j’ai appris la technique. Puis je me suis rendu compte sur le terrain que tout ne fonctionnait pas. J’ai appris de Grégoire l’efficacité, l’écoute des attentes du réalisateur, et la gestion d’une enveloppe budgétaire.

Vous gérez vous-même le budget musical de vos films ?

J’aime demander à la production le budget global de la musique d’un film afin de gérer mon cachet moi-même ainsi que les séances d’enregistrement. Mais il est délicat en tant que compositeur de parler d’argent directement avec les producteurs, c’est à cela que servent les agents, pour faire l’intermédiaire. J’en cherche un justement. Le compositeur est responsable de la partie artistique, et bien souvent il est obligé d’être aussi chef d’entreprise.

Vous avez eu aussi une expérience américaine et la rencontre avec James Newton-Howard et Hans Zimmer, qu’en retenez-vous ?

L’ASCAP, équivalent américain de la SACEM, organise des ateliers chaque année (équivalent de Emergence) avec des cours d’orchestration, de droit… J’avais quatre semaines pour écrire une musique qui allait être jouée par un petit orchestre symphonique. J’ai eu l’occasion de rencontrer Zimmer et Newton-Howard en tant qu’intervenants. Pour eux, le plus important n’est pas la musique en soi, mais la capacité à rebondir, à trouver mille idées, être fort de propositions. J’ai donc pu leur montrer mes partitions et maquettes, et ils ont trouvé cela très français, très romantique. Un exercice de ces ateliers reposait sur une scène de « Hidalgo ». Les américains qui étaient là avec moi avaient fait de la musique plus patriotique que moi avec cor et trompette. J’avais fait une chose plus à la Brahms. Ils ont trouvé là une touche française. On commençait déjà à parler de Alexandre Desplat qui représentait pour eux cet aspect. Il y a une couleur, une « french touch » héritée d’un passé allant de Ravel à Debussy. J’écoutais ces maitres depuis tout petit. Mes professeurs de musique me les faisaient entendre. J’étais ainsi sensibilisé à ce langage-là. J’avais même du mal avec les germaniques Beethoven ou Wagner.

Quelle est votre première musique pour un film de cinéma ?

« Mahek » (2007), film indien de Kranti Kanade, est une première expérience cinématographique un peu particulière. Le réalisateur indien avait demandé à l’ASCAP les CD des jeunes compositeurs et avait choisi mes musiques. Il était en Inde donc on a échangé par Skype. Le film a tout de même eu des prix en festival. Puis il y a eu en 2011 « L’Apparition de la Joconde » et « Nos Résistances ». Pour ce dernier, ma soeur Juliette étant comédienne pour ce film, elle m’a recommandé. On s’est très bien entendu avec Romain Cogitore. Il est très exigeant, il m’a poussé dans mes retranchements. Il m’a refait composer toute la musique quatre jours avant enregistrement car il voulait des nappes alors qu’on était parti dans une autre direction. Il voulait une belle musique entrainante, classique, à la Bach ou Schubert, puis quelques jours avant l’enregistrement il voulait explorer d’autres pistes, plus électro. C’est donc là qu’est intervenu Booster pour les aspects électroniques. Je me suis contenté des parties orchestrales.

Quel regard avez-vous sur le travail de musique de film aujourd’hui ?

Il faut biensûr profiter des outils technologiques à disposition pour être dans une recherche de timbres et de textures, mais je trouve aussi important d’avoir un thème dans un film, pas forcément une mélodie mais une cellule rythmique qui soit reconnaissable. C’est un peu dommage de se contenter de faire des nappes. En parlant de thème, j’ai aimé la musique de « The Artist ».

Qu’y aurait-il à améliorer pour le métier de compositeur pour l’image ? 

… le budget. On est souvent la dernière roue du carrosse. Mais je trouve que les initiatives de la SACEM et de l’UCMF pour faire valoir ce métier son légitimes et j’ai l’impression qu’elles sont plus nombreuses. Par exemple, il y a une classe de musique de film qui s’ouvre au CNSM à la rentrée prochaine, pour laquelle je postule d’ailleurs.

Quelle est votre actualité ?

Mon prochain film â être diffusé est le téléfilm « Djamila » de Caroline Huppert diffusé en mars sur France 3, puis Patrick Bossard pour lequel j’avais travaillé sur les court-métrages réalise son premier long, « Macadam baby ».

Propos recueillis par Benoit Basirico